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Vous avez dit fascisation ? – Une heure avec Ugo Palheta

90 ans après l’émeute d’extrême-droite du 6 février 1934, le fascisme a fait retour, attendant son heure dans l’ombre du néolibéralisme autoritaire. Le mardi 6 février 2024, la Librairie du Muguet et OAB ont invité le sociologue Ugo Palheta pour en discuter.

Les extrêmes-droites en France et dans le monde prennent une ampleur nouvelle à mesure qu’elles se parent de nouveaux atours. Chemises brunes des milices, exactions de rue, antisémitisme virulent et théorie des races biologiques — tout cela semble avoir disparu au profit d’un autre genre de fascisme : en costard, plus policé. Parmi de nombreux déplacements rhétoriques, il a délaissé la guerre raciale pour lui préférer le « choc des civilisations », et troqué l’antisémitisme contre l’islamophobie.

Mais il ne faut pas s’y tromper : nous vivons bien la renaissance du fascisme sous des formes nouvelles. Ugo Palheta analyse ce processus de modernisation dans son ouvrage Comment le fascisme gagne la France. De Macron à Le Pen (Éditions La Découverte). Les fascismes contemporains ont ceci de nouveau qu’ils ne proposent pas des utopies mais des rétro-utopies. Il ne s’agit plus de faire advenir un ordre nouveau mais de revenir à un état précédent selon le fameux « c’était mieux avant » (sous-entendu : avant la mondialisation, avant la décolonisation, avant la dite révolution sexuelle, etc).

Comment composer une force qui, durablement, résiste au fascisme et le contrebatte ?

Il n’y a rien à attendre des appareils de la politique institutionnelle dans la perspective de la lutte contre le fascisme. Ce ne sont pas des coalitions électorales improvisées, bricolées dans la hâte et la panique qui dresseront quelque barrage que ce soit contre le fascisme. Pour lutter contre la fascisation de l’État, des médias et de la société, en affrontant la question des affects, il faudrait peut-être renouer avec la pensée utopique. Seule la montée d’un peuple antifasciste, se tenant à distance des appareils de la politique de l’Etat peut contrarier l’occupation de l’Etat par les fascistes.